07.11.2009
Enquête sur l'islam radical

La vision de ces silhouettes fantomatiques dans les rues dérange, surprend et effraie parfois. En France, le voile intégral est objet de polémiques. Pourtant, ces femmes ne sont que la partie la plus visible et la plus frappante de l'iceberg d'une mouvance appelée salafiste. Nous avons rencontré ces «puristes» de l'islam, pour qui les règles du quotidien ne peuvent se calquer que sur celles du prophète Mahomet. Quitte à faire fi des lois de la République...
Ce reportage est un document. Un témoignage exceptionnel. Pour la première fois, en plein débat sur l'identité française, au moment même où le port du voile divise l'ensemble de la communauté musulmane, des femmes salafistes ont accepté de s'expliquer. De se livrer comme jamais et d'ouvrir leurs portes à des journalistes. Pour aller aussi loin, pour plonger ainsi au cœur de l'islam radical de France et gagner la confiance de ces femmes qui ne sortent que très rarement de chez elles, Nadjet Cherigui et Axelle de Russé ont négocié des semaines. Pas à pas. Puis, elles se sont immergées en profondeur, enquêtant comme personne n'avait réussi à le faire avant elles, en se plongeant dans un monde, semble-t-il, irrationnel, mais totalement codifié. Si certains salafistes ont accepté de jouer le jeu de la transparence, les accueillant chez eux, d'autres, notamment à proximité des mosquées les plus dures, les ont reçues avec des injures et parfois des menaces, leur interdisant même de prendre des photos dans des rues où la liberté de mouvement se restreint lentement. Pour approfondir ce voyage en terre inconnue, Le Figaro Magazine s'est aussi adressé au journaliste et écrivain Mohamed Sifaoui, spécialiste des mouvements intégristes. L'occasion de comprendre la nature réelle du salafisme, ce mouvement en plein essor qui attire à lui chaque année toujours plus de «convertis».

En présence d'hommes étrangers à la famille, ou face à un appareil photo, Fatima porte le voile, même chez elle. Mais ce sont les mêmes gestes du quotidien, ceux d'une mère douce et attentive avec ses enfants.
Tout commence simplement par un rendez- vous à quelques kilomètres de Paris, dans une petite ville de banlieue de l'Essonne. La cité, certes, est populaire, mais proprette. Aucun pitbull ni rottweiller à l'horizon. Ceux qui «tiennent» les halls sont de gentils retraités discutant pétanque bien au chaud. Fatima * nous reçoit chez elle. La jeune femme a fait le choix du minhaj (le chemin) salafi. Elle porte le jilbab (voir encadré p. 53), mais se voile intégralement lorsqu'elle est maquillée ou pour ne pas laisser apparaître son visage en photo. Derrière la porte, point de voile ni d'austérité, mais un accueil chaleureux et le sourire d'une beauté d'ébène au corps de liane. Elégante et féminine, la jeune femme a pris le soin d'accorder la couleur de ses boucles d'oreilles au bleu de son piercing au nez. Fatima, 23 ans, mère d'un bébé de six mois, nous invite gentiment à nous déchausser avant d'entrer. L'intérieur est impeccablement tenu, la décoration, ultraminimaliste. Pas de photo ni de tableau, aucune référence à l'islam si ce n'est quelques livres religieux reliés de dorures et soigneusement rangés dans un meuble du salon. Un épais rideau beige sépare la pièce principale du reste de l'appartement. « Cela nous permet de diviser l'espace lorsque je reçois mes amies. La mixité nous est interdite. Quand mes copines viennent prendre le thé ici, je baisse les rideaux et mon mari s'éclipse toujours dans une autre pièce.»

A 29 ans à peine, déjà mère de quatre enfants, (Sephora, 11 ans, Shaïma 10 ans, Thaouban, 9 ans, Ajar, 7 ans), Kenza a de l'énergie à revendre sous son niqab.
«L'école publique est incompatible avec mes principes religieux»
Fatima, d'origine malienne, est née et a grandi en France dans une famille musulmane de huit enfants. Son cheminement vers plus de religion s'est fait naturellement, explique-t-elle. «Je suis la seule de la famille à avoir fait le choix du voile. J'ai lu le Coran, étudié la vie du Prophète et de ses femmes, qui sont pour moi des modèles à suivre. C'est ainsi qu'elles se couvraient, je fais de même. J'ai trouvé en l'islam les réponses à mes questions, le din (la religion) est simple et les interdictions sont claires. Il n'y a qu'à suivre ce que disent les textes.» Pour le reste, Fatima raconte une vie de jeune femme comme les autres. Elle surfe sur le net, apprécie le shopping et les sorties au resto avec les copines. « Mes amies sont de toutes origines et confessions. On parle de tout et n'importe quoi, même de sexe ! Tant que cela se passe entre filles, il n'y a pas de tabou », précise-t-elle. Convaincue de son choix, Fatima n'émet aucun doute. Sa voie est certaine, c'est celle des salafis et de la sunna (la tradition du Prophète). Elle n'osera exprimer qu'un regret : l'exclusion du monde du travail. Mais aussi une douleur : les regards pesants, les sarcasmes cruels et les insultes blessantes. « Je ne comprends pas un tel déferlement de haine, je ne suis en aucun cas en dehors des lois de la République, se persuadet- elle. Chaque fois que je suis sortie en sitar (voir encadré), j'ai accepté de me dévoiler pour les contrôles. La seule chose qui ne me convienne pas, c'est le modèle de l'école publique. C'est incompatible avec nombre de mes principes religieux. Pour ma fille, j'ai déjà commencé l'école à la maison quelques heures par jour et l'apprentissage des quelques sourates de base. Plus tard, elle ira dans une école privée musulmane. » Dans la République, point de salut !
La règle est claire : on baisse les yeux quand on s'adresse à son mari

Un bruit de serrure. Sur le pas de la porte, Yvon (son époux), accompagné de Bertrand, son frère jumeau, rentrent du travail. Aujourd'hui, Yvon a consenti une entorse à l'interdiction de la mixité afin d'échanger avec nous. Son épouse accepte également, mais rappelle que si la parole est libre, les règles, elles, sont claires : on doit baisser les yeux lorsque l'on s'adresse à son mari.
Rapidement, Yvon, en tenue de boulanger (c'est son métier), se retire pour réapparaître en kamis. Ce grand gaillard athlétique porte le cheveu court, la barbe longue et fournie comme il est de rigueur chez les « salafs ». Les deux frères «Français de souche, avec quelques origines juives», tiennent- ils à préciser se sont tous deux convertis à l'islam il y a huit ans. Une enfance difficile, le chômage, l'alcoolisme des parents, et puis très vite la délinquance. Vulnérables économiquement autant que socialement et psychologiquement, les jumeaux ont trouvé refuge dans les écrits salafs. Si eux s'en défendent, nombre de nouveaux convertis peuvent être la proie de ceux qui cherchent à attirer les plus égarés. «Nous étions des cas sociaux, l'islam nous a sauvés. Aujourd'hui, je ne me dégoûte plus. Si Dieu accueille le repenti et pardonne, je peux aussi me pardonner à moi-même.»
Yvon et Fatima sont mariés depuis quatre ans, après une seule et unique rencontre bien codifiée et surveillée. La moukabala, «un genre de speed dating à la musulmane », confie Fatima en souriant. Dans le milieu, pas question de se fréquenter hors mariage. Ceux qui sont désireux de convoler en justes noces le font savoir à l'entourage. Le réseau s'active et les propositions arrivent. «Il s'agit d'être précis quant aux critères physiques, d'âge, de couleur de peau, etc., explique Fatima. Ensuite on se rencontre, toujours en présence d'un tuteur pour la femme (un père, un oncle, un frère...).»

Visite chez le médecin.
Loin d'être un rendez-vous galant romantique, la moukabala est un moment important. Pas de place au coup de foudre ! La priorité : partager les mêmes valeurs. On parle donc éducation des futurs enfants, vie de couple, pratique de la religion. Chacun prend alors «librement» nous dit-on la décision de poursuivre ou non et peut renouveler l'expérience tant que l'âme soeur n'est pas trouvée. Beaucoup plus au sud, à quelques centaines de kilomètres, dans les rues d'un quartier populaire d'Avignon, Kenza, 29 ans, s'avance entièrement couverte de noir. Son niqab ne laisse apparaître que des yeux que l'on devine rieurs. Babouches aux pieds, la jeune femme marche d'un pas énergique. Drapée de noir, elle surprend par son enthousiasme et sa spontanéité. «Je n'ai aucun problème avec mon niqab dans la rue, s'exclame- t-elle. Moi, j'ai le voile dans la peau !» Kenza presse le pas, elle est attendue chez sa meilleure amie, Marie-France, pour une leçon culinaire autour du couscous. Marie- France est une quinqua coquette, dynamique et enjouée, mais aussi une très fervente catholique. «C'est notre amour de Dieu qui nous a réunies. La seule différence, c'est que je mange du porc contrairement à Kenza. Pour le reste nous avons les mêmes valeurs et la même façon de pratiquer : ils ont le ramadan, nous avons le carême... Quarante jours, en plus ! J'ai un bon coup de fourchette et je peux vous dire que j'en souffre !» s'exclame-t-elle avec l'accent parfumé de la Provence. Dans le salon, Sainte- Thérèse, la Vierge Marie, Jésus, les flacons d'eau bénite et autres crucifix partagent très naturellement l'espace avec le poster d'une bimbo à moitié nue. «Cela ne vous choque pas tout de même... ? se moque Marie-France. Je la trouve belle tout simplement...»
La polémique autour du voile intégral, elle la refuse et défend son amie. «Toutes nos bonnes soeurs portent le voile ! Et n'oublions pas que, jusque dans les années 60, on ne mettait pas un pied dans une église sans se couvrir !» Etrange alliance de ces deux religions que bien des points opposent.
Le temps passe. Kenza doit aller chercher ses enfants à la sortie de l'école. Puis c'est la prière en famille avec Allal, le père, sur le tapis du salon. Sereinement, Allal et Kenza racontent leur choix de vie. « Je n'ai jamais forcé ma femme à porter le voile. C'est en lisant les textes qu'elle a pris seule sa décision.» La jeune femme acquiesce : «D'ailleurs, quand on s'est connus je ne portais rien... ; ah si, une culotte ! lâche-t-elle dans un éclat de rire. En tant que musulmans, nous sommes tous salafs. Notre devoir est de suivre les pratiques du Prophète à la lettre et c'est ce que je fais.» L'heure tourne et les enfants se pressent autour de leur mère pour le jeu du soir. Près d'une heure de questions-réponses autour de l'islam, du Coran et du prophète Mahomet. « Il n'y a pas pire péché que d'obéir par obligation, explique Allal. Il est essentiel pour nous d'éduquer nos enfants à la religion et cela peut être aussi ludique, la preuve !»

Quelques semaines plus tard en banlieue parisienne, à Gennevilliers. Le ton change. C'est jour de fête pour la communauté musulmane. La sublime mosquée tant attendue est enfin inaugurée. Dans la foule, Nadia, 40 ans. Cette mère de quatre enfants ne cache pas son émotion. « Cela fait près de dix ans que l'on attendait une mosquée plutôt que ces salles de prière aussi obscures que douteuses qui sont devenus des nids à salafs. Mes enfants viendront y suivre les cours de Coran donnés par l'association El Nour (La Lumière). Les éduquer, c'est le seul moyen de les protéger de toute manipulation idéologique.» Derrière l'inquiétude de cette mère de famille, il y a la colère d'une femme blessée. Mariée pendant près de quinze ans, Nadia a vu l'homme qu'elle aimait se transformer au point de ne plus le reconnaître. «Mon mari aimait la vie et sa famille jusqu'à ce qu'il commence à fréquenter des groupes de prière suspects et des forums de discussions salafistes. Très vite, il m'a reproché de travailler et d'être en contact avec d'autres hommes à l'extérieur. J'étais devenue sheitan (le diable). Il m'a quittée pour épouser le salafisme.»
Sur ses conseils, nous nous rendons dans l'une de ces mosquées qu'elle qualifie d'obscures. Au rez-de-chaussée, l'accueil des hommes est tout juste poli. L'étage réservé aux femmes est un espace exigu. L'atmosphère âpre, presque irrespirable, n'a rien à envier à l'ambiance. Au fond de la pièce, une femme voilée de noir fait les cent pas, récitant frénétiquement des versets du Coran. Trois jeunes filles, respectivement en niqab, sitar et jilbab (voir encadré) étudient à voix haute des passages du livre saint. Elles expriment des doutes quant à notre identité : «Vous pourriez être envoyées par les renseignements généraux», explique très sérieusement Salima du haut de ses 20 ans. Avec le même sérieux et un sourire glacial, elle dit ses certitudes quant à notre destinée de mécréants ou de catholiques (peu importe). L'issue sera forcément cruelle, douloureuse et inéluctable. «Vous brûlerez en enfer... à moins de vous convertir.» La jeune fille se ferme. L'échange s'arrête net. En sortant, quelques jeunes de la cité voisine nous interpellent, nous provoquent mais se ravisent très vite lorsque l'un d'entre eux lâche : «Laisse-les tranquilles, elles sortent de la mosquée !»

Porter le voile ne signifie pas forcément l'exclusion. Beaucoup de femmes savent composer avec la modernité. Même le McDo est permis tant que l'on n'y consomme pas les viandes (non halal). Derrière cette apparente normalité, la plus grosse difficulté à gérer est de manger ses frites et profiter de son soda avec un niqab devant le visage.
Un petit peu plus loin, aux abords de cette même mosquée, un très jeune couple s'avance. Lui est français et converti. Quant à son épouse, nous ne verrons d'elle que des mains délicates et soigneusement manucurées. Les échanges sont vifs, il n'est pas question «d'avoir à se justifier», «nous ne sommes pas des animaux», «laissez-nous vivre en paix». Bien plus virulente que son mari, la jeune femme n'a de cesse de répéter «excuse-moi, chéri», chaque fois qu'elle hausse le ton (les femmes n'ont pas le droit d'élever la voix). L'homme insiste sur un point : «Je ne tiens à vous dire qu'une chose. Nous sommes dirigés dans ce pays par des gens qui travaillent pour Satan.» Là encore, impossible de poursuivre, ils se sont déjà éloignés. Quand la doctrine est extrême, le dialogue devient impossible. Dans une librairie accolée à la mosquée, Thomas, derrière son comptoir, ne lève les yeux de son Coran que pour répondre à une cliente en quête d'un jilbab à sa taille. «J'ai un gros arrivage en provenance d'Arabie saoudite prévu la semaine prochaine, il y aura plus de choix.» Tenues islamiques et onguents au parfum d'Orient côtoient nombre de livres. Beaucoup de Coran de toutes les couleurs et de toutes les tailles. Pour le reste, l'essentiel des ouvrages proposés sont signés par les références de la pensée salafiste. Dans les rayons, des jeunes hommes barbus s'installent, plus pour lire qu'acheter. Thomas, le gérant, 26 ans, est né et a grandi dans un presbytère. Elevé dans une famille aux valeurs très catholiques (son frère a fait le séminaire), il a lu la Bible, la Torah, puis le Coran. Aucun doute pour lui : la vérité ne se trouve que dans ce dernier. Un choix et une conversion qu'il a payés le prix fort. Sa famille n'accepte pas et a rompu tout lien avec lui. «Je ne suis pas en colère, mon coeur ne leur sera jamais fermé s'ils veulent m'accepter comme je suis. Mais jamais je ne renoncerai à ma foi.» Thomas s'arrête, fait évacuer le magasin et baisse les rideaux pour quelques minutes. C'est l'heure de la prière.
Après la banlieue, retour à Paris dans une mosquée du XVIIIe arrondissement. Le lieu est un fief ostensiblement salafiste. Notre seule présence et nos questions provoquent une réaction en chaîne. D'abord quelques protestations, des invectives, et très vite viennent les menaces. L'argument ? La rue appartient aux fidèles et la loi, c'est eux. Francine n'est pas musulmane. Habitante du quartier, elle ne cache pas son exaspération et son inquiétude. «Depuis trois ans, tout a basculé ici. L'atmosphère devient très pesante pour les riverains et les passants. Tous les vendredis, la rue est fermée pour permettre aux fidèles de prier jusque sur le trottoir à cause du manque de place à l'intérieur. Je n'ai rien contre l'islam et les croyants, mais là, il s'agit d'autre chose, les comportements sont excessifs. Certains vont même jusqu'à empêcher les femmes de circuler dans la rue parce qu'il y a une mosquée et que l'espace doit être réservé à la seule gent masculine.» Dehors, l'ambiance est électrique. Sortant de la salle de prière, un homme nous interpelle. Complètement exalté, il confirme. «Nous sommes de plus en plus nombreux et bientôt nous vous laverons le cerveau !»

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Roland Hélie : "l'heure est à l'unité d'action"
Le site d'information catholique E-deo a publié, lundi dernier, un entretien avec Roland Hélie :
Votre constat sur ces 2 ans et demi de Sarkozysme...
Sarkozy avait compris, en 2007, qu’une campagne présidentielle, pour un candidat comme lui, ne pouvait se gagner qu’« à droite ». D’où les multiples contorsions auxquelles il s’est livré pour essayer de conquérir l’électorat national. Celui-ci, consterné par certaines prises de positions de Jean-Marie Le Pen (Valmy, Clémenceau, la dalle d’Argenteuil, des affiches incompréhensibles et une « dédiabolisation » anachronique…), s’est, en partie, facilement laissé séduire. Ceux qui se sont fait avoir ont certainement pensé qu’il valait mieux voter pour un Sarkozy qui réaliserait qu’une partie de leurs espérances plutôt que pour un Le Pen décrédibilisé qui n’a plus beaucoup influence sur la politique française.
C’était bien mal connaître les politiciens du Système. A propos des méfaits de l’immigration par exemple, Sarkozy avait promis « le karcher », et finalement il leur a donné des ministères à des personnes issues de l’immigration…
Depuis, nous allons de Carybde en Scylla. Regardez simplement ce qui s’est passé depuis un mois : l’affaire Frédéric Mitterrand, l’affaire de son fils Jean, l’affaire de la douche… nous sommes tombés bien bas. Pendant que tout cela défraie la chronique, le peuple, lui, continue à trinquer.
Pour faire simple, je pense que nous n’avons rien à attendre d’un président issu du Système. Que le pouvoir soit social-démocrate ou qu’il soit libéral, cela ne change rien. Il faut aujourd’hui procéder à une rupture totale. Nous travaillons dans ce sens.
Quel est l'objectif de cette 3ème journée (*) de Synthèse nationale ?
La revue et le blog d’information quotidien Synthèse nationale ont été créés il y a trois ans. Notre objectif est, à notre modeste niveau, d’introduire au sein de notre famille politique un nouvel état d’esprit reposant sur le respect mutuel de chacune de ses composantes. Le camp national comprend de nombreuses sensibilités qui souvent se sont affrontées. Mais toutes ont la volonté de défendre nos identités, que celles-ci soient régionales, française ou européenne. Leur existence étant plus que jamais menacée.
En ouvrant ses pages à un grand nombre de personnalités représentatives, une soixantaine à ce jour, ou en les invitant à ses réunions, Synthèse nationale a réussi à prouver que tous pouvaient se retrouver sur l’essentiel. L’heure n’étant plus aux tergiversations stériles sur tel ou tel point du programme ou de la doctrine des uns ou des autres mais à l’unité d’action. Nous sommes devant la nécessité vitale d’engager la reconquête de notre continent. Pour cela toutes les énergies doivent se rassembler.
Et, finalement, je pense que les évolutions récentes que l’on peut observer au sein de notre famille prouvent que nous n’avons pas perdu notre temps. L’entente réalisée lors des élections européennes de juin dernier entre le Parti de la France (PdF), le MNR et la Nouvelle Droite Populaire (NDP) ; le ralliement de Pierre Vial à la NDP ou celui de cadres villiéristes, ou venant du mouvement de madame Boutin, au PdF démontre que les choses bougent (Emmanuel Delhoume, NDLR).
La présence, mercredi 11 novembre à Paris, à notre 3ème journée nationale et identitaire, dont le thème est « Rassembler et résister », de responsables politiques, tels Carl Lang, Robert Spieler, Annick Martin, Pierre Vial, Jean-Claude Rolinat, Pierre Descaves… d’écrivains, d’éditeurs et de responsables associatifs, tels Francis Bergeron, Franck Abed, Frédéric Pichon, Philippe Randa, Anne Kling, René Gandillon, Jean-Gilles Malliarakis, et bien d’autres… d’invités européens comme Hilde Delobel, représentante du Vlaams belang, Alberto Torresano, figure de la Phalange espagnole et rédacteur de la revue Identidad, Gabriel Adinolfi, inspirateur de la droite radicale italienne, des amis catalans, portugais, allemands de Pro Köln… l’ensemble des collaborateurs de la revue, Arnaud Raffard de Brienne, Patrick Parment, Marc Rousset, Patrick Gofman, Lionel Baland, Pieter Kerstens, Nicolas Tandler, Vincent Valois, François Ferrier… prouve, s’il en était encore besoin, que cette volonté d’entente existe bien.
Les lecteurs d'e-deo qui souhaitent en savoir plus sur notre démarche sont bien entendu les bienvenus.
Croyez-vous sincèrement que ces tendances parfois très différentes de la droite nationale puissent travailler ensemble ?
Elles n’ont plus le choix. L’arrivée massive sur notre sol européen de populations venues d’ailleurs transforme la nature de notre continent. Si rien n’est fait, dans quelques décennies nous n’existerons plus. Or, jusqu’à maintenant, seule la droite nationale, dans son ensemble, a été clairvoyante sur ce sujet.
Pour le moment les populations allogènes représentent environs 20 % de la population de l’Europe. Les Européens de souches sont donc encore 80 %. Qu’en sera-t-il dans 30, 40 ou 50 ans ? Si on veut réagir, c’est tout de suite et c’est maintenant. Le jour où l’Islam sera majoritaire, la messe en latin ou de la célébration des solstices ne seront plus vraiment d’actualité. Il faut en être conscient. C’est, je crois, ce que des gens aussi différents que Pierre Vial, de Terre et Peuple, ou Franck Abed, du mouvement catholique Génération FA8, pour ne citer qu’eux, ont compris.
Je précise que je dis cela sans aucun mépris pour quiconque. Chacun a sa place sur notre terre. Mais l’Afrique est le continent des Africains et l’Europe celui des Européens. Ceux-qui, au nom de leurs profits ou de leur idéologie, veulent imposer la société pluriethnique portent toute la responsabilité des drames qu’engendre l’immigration. Ce sont eux que nous combattons…
Quelle actualité pour votre publication ? Comment se porte-t-elle ?
Si l’on en juge par le nombre croissant de nos abonnés, et surtout au taux de réabonnement de ceux-ci, je pense que Synthèse nationale a trouvé toute sa place.
Lorsque nous avons créé Synthèse nationale, nous nous sommes inspirés d’une revue qui, dans les années 50, 60 et 70, avait un large écho à droite de la droite. Il s’agissait de Défense de l’Occident dirigée par Maurice Bardèche. Nous n’avons certes pas la vanité de nous comparer à cette revue qui était ouverte à toutes les tendances de la droite de conviction de cette époque, mais notre objectif est d’essayer d’y ressembler un peu.
Nous publions aussi régulièrement des numéros hors série. Ce sera le cas à l’occasion de la réunion du 11 novembre. Un numéro de 150 pages, intitulé « Les pantins du Système » regroupera une trentaine de portraits de chiens de garde (politiciens, affairistes, journalistes…) de la « pensée unique ».
Votre jugement sur l'évolution du Front national ? En 2010, souhaitez-vous que l'emporte Marine Le Pen ou Bruno Gollnisch pour succéder à Jean-Marie Le Pen ? Dans le cas de la victoire du second, la fusion de la NDP avec le FN est-elle envisageable ?
Vous savez, personnellement j’ai quitté le Front national en 1988 après la disparition de Jean-Pierre Stirbois. Je me garderais donc bien de porter un jugement sur les prétendants à la succession de Jean-Marie Le Pen. Il est vrai que l’on ne succède pas à une personnalité comme Le Pen comme on succède à un Méhaignerie, à un Robert Hue ou à un François Hollande.
Je pense que le Front a joué un rôle important et que, malheureusement, il ne répond plus à l’attente des Français. Nous parlions tout à l’heure des électeurs nationaux qui se sont laissés abuser par Sarkozy. Il est symptomatique de constater que ceux-ci ne reviennent pas au Front après s’être rendu compte qu’ils se sont fait avoir. Ils préfèrent se réfugier dans l’abstention ou, pour certains d’entre eux, voter pour d’autres formations, telles les écologistes ou l’extrême gauche, qui ne sont que des forces supplétives du Système. Les mouvements, comme les humains, naissent, vivent et meurent. L’avenir du Front, dans sa forme actuelle et quel qu’en soit le futur meneur, est derrière lui.
Mais, si les mouvements disparaissent, les idées demeurent. Voilà pourquoi j’ai adhéré à la Nouvelle Droite Populaire. Ce mouvement, dirigé par Robert Spieler, participe activement à la recomposition de notre famille. Sa démarche est complémentaire à celle de Synthèse nationale.
Toutefois, pour répondre à votre question, Bruno Gollnisch, qui nous avait fait l’amitié il y a deux ans de contribuer, sous la forme d’un entretien, à notre revue, sera toujours un interlocuteur respectable à nos yeux.
Que diriez-vous à tous ces jeunes patriotes "dans la nature" (plus encartés nulle part) car déçus par les structures existantes et leur évolution ?
Battez-vous pour vos idées, battez-vous pour votre peau. Formez-vous et agissez. Il ne reste plus beaucoup de temps devant nous. Quel que soit la forme de combat - à condition bien sûr que celle-ci reste légale -, quel que soit le mouvement ou quel que soit la sensibilité idéologique que vous choisissez au sein de notre famille politique, cela n’a pas vraiment d’importance pour moi. Ce qui compte c’est l’engagement pour vos idées, l’engagement pour notre France, l’engagement pour notre civilisation européenne.
Ne vous laissez pas abuser par la facilité du renoncement. La France de demain a besoin de vous, elle sera ce que nous en ferons tous ensemble.
(*) 3ème Journée nationale et identitaire de Synthèse nationale, mercredi 11 novembre, de 11 h 00 à 18 h 30, Forum de Grenelle, 5, rue de la Croix-Nivert 75015 Paris – métro Cambronne. Entrée : 10 €. Nombreux stands de mouvements, revues, associations, librairies… Restauration rapide sur place. A 18 h 00 apéritif géant offert aux participants.
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EOLIENNES : QUI AIME LE VENT RECOLTE LA TEMPETE
Les opposants aux éoliennes sont de plus en plus nombreux
- Le projet de produire 20% de l'énergie électrique par l'éolien en 2020 apparaît démesuré
- Il y a lieu de distinguer entre les petits aérogénérateurs et les grandes éoliennes
- Les problèmes des éoliennes à terre et des éoliennes off-shore sont de nature différente
- Le bilan écologique des éoliennes est contestable.
Voilà bien un sujet de controverses ! Avec ses laudateurs sans nuances et ses opposants quasi enragés ! Le Mouvement Normand, depuis des années, au sein de son Directorat Emeraude (Problèmes énergétiques), répertorie consciencieusement tous les articles parus dans la presse normande sur l'implantation des éoliennes. Nous sommes en mesure de dresser un bilan des fluctuations des refus ou des approbations du phénomène éolien. C'est très éclairant - jeu de mots facile concernant une production d'électricité -, mais il reste difficile de tirer des conclusions.
Il y a des moments d'appétence et des phases de farouches contestations : ces dernières se révèlent de plus en plus prégnantes au fur et à mesure que le nombre d'aérogénérateurs installés s'accroît. Le 26 septembre dernier, une importante manifestation d'opposants s'est tenue au Mont - Saint - Michel : elle symbolise la tendance actuelle de l'opinion qui s'exprime - ce n'est pas toute l 'opinion publique, faut-il le préciser ? - et il apparaît que les partisans de la production d'électricité éolienne se trouvent sur la défensive. Au sein du Mouvement Normand, les opinions sont partagées, mais il est clair que les objections à l'implantation de parcs éoliens l'emportent assez largement, sans que l'énergie éolienne ne soit vraiment rejetée. Cela mérite explication.
En règle générale, les petites éoliennes de résidences isolées ou d'exploitations agricoles - à combiner, dans ce dernier cas, avec les panneaux solaires sur les bâtiments d'élevage, la méthanisation des fosses à lisier, l'utilisation de la biomasse, dans le but d'assurer l'indépendance énergétique de l'ensemble - sont acceptées, plus dans le principe que dans la réalisation. Il semble d'ailleurs que les producteurs d'aérogénérateurs ne se soient pas précipités pour proposer ce type d'engins, dont l'impact visuel est relativement faible. En outre, on note, çà et là, des modèles d'éoliennes qui ne soient pas à pales. Nous sommes persuadés que de grands progrès pourront être réalisés dans le domaine de la petite éolienne, surtout si l'objectif non avoué n'est pas de revendre de l'électricité à E.D.F., mais bel et bien d'assurer l'indépendance énergétique d'un établissement.
Ce qui fait problème aujourd'hui, c'est l'implantation de véritables « fermes » de gigantesques éoliennes dans des lieux prédestinés, notamment dans les schémas régionaux éoliens.
D'abord, le débat est pollué par le reversement de la taxe professionnelle aux communes dans lesquelles sont dressés ces engins démesurés. La plupart du temps, les implantations se font au large de la zone habitée du village, presque en marge des limites communales : de ce fait, c'est la commune voisine qui subit la pollution visuelle et, éventuellement, les autres désagréments (bruits, brouillage T.V....), sans toucher les indemnités afférentes : le versement de la taxe professionnelle à la Communauté de Communes ne fait que déplacer le problème ; c'est la C.D.C. voisine qui s'estime flouée...
Ensuite, la multiplication des éoliennes - au moins quatre, souvent huit à dix - s'explique par la nécessité d'une production d'électricité relativement continue : il y en a toujours une ou deux qui ne tournent pas. C'est d'ailleurs le grand défaut de cette forme de fabrication d'électricité : la discontinuité de la production. Elle rend indispensable l'appoint de centrales au gaz si l'on veut une alimentation constante. L'exemple du Danemark est significatif : les éoliennes y sont légion, mais la production de CO2 y reste constante à cause des centrales thermiques qui restent indispensables pour faire face aux pics de consommation d'électricité. Le bénéfice écologique des éoliennes n'y est donc pas évident.
Enfin - et surtout en France où le prix du kWh est relativement bas - la revente des surplus de production électrique des éoliennes à E.D.F. à un prix nettement plus élevé que le kWh émis par les autres modes de production revient à assurer une véritable rente aux compagnies privées propriétaires d'éoliennes. Ce qui signifie que c'est le consommateur lambda qui, au final, règle la facture.
Nous en resterons là pour la critique à faire à ce mode de production d'électricité (il y aurait d'autres reproches à formuler, mais, délibérément, nous éliminons les reproches à connotations médicales : ils nous paraissent excessifs et, même, souvent dépourvues de vérités établies). Pour nous, c'est la pollution visuelle qui nous gêne le plus. Pour l'instant, il y aurait 2 500 aérogénérateurs de grande dimension installés en France : si l'on veut qu'en 2020, 20% de l'électricité produite viennent de l'éolien, il faudra en monter 6 000 de plus ! (et combien de centrales thermiques pour la régularité de la production de cet immense parc ?). Imagine-t-on tous les horizons de la campagne française surchargés de ces engins surdimensionnés ? Certains objecteront qu'ils ne sont pas visuellement plus polluants que les lignes T.H.T., véritables cicatrices dans nos paysages. C'est exact, mais les éoliennes, installées dans les endroits relativement écartés, sont destinées à produire une électricité de proximité, pratiquement à usage domestique : il faudra toujours des lignes T.H.T. pour amener l'énergie nécessaire aux grandes agglomérations et aux bassins industriels.
Au final, faut-il considérer le mode de production éolien d'électricité comme une fausse bonne idée ?
La réponse est nécessairement nuancée :
1- Ce n'est pas la panacée en matière de production électrique fiable et régulière.
2- Ce n'est pas la solution la plus écologique.
3- Ce peut être une solution d'appoint (dans les îles, les endroits très écartés, les exploitations agricoles - à condition qu'il s'agisse d'aérogénérateurs de petites et moyennes dimensions)
Reste un aspect de la question que nous traiterons à part : l'implantation d'éoliennes off-shore, au large de nos côtes (en Normandie, nous comptons plusieurs projets : au large du Tréport, au large de la côte cauchoise, au large des côtes du Bessin, sur la côte ouest du Cotentin). Nous y sommes favorables, car la pollution visuelle n'y a pas le même impact qu'à terre. Les installations off-shore se font à plusieurs milles en mer et ne constituent pas de véritables obstacles à la navigation ou à la pêche comme l'affirment certains. Nous lançons même une idée : pourquoi ne pas coupler l'installation d'éoliennes off-shore pour la production de l'électricité nécessaire aux opérations de désalinisation de l'eau de mer... ? Ce qui permettrait de résoudre le problème de l'approvisionnement en eau de régions qui vont connaître de graves pénuries dans les années à venir...
Dans le domaine de la production d'électricité à partir d'énergies renouvelables, il ne faut rien négliger, mais, dans le même temps, il faut se garder de systématiser : l'objectif de 22% d'électricité produite par l'éolien en 2020 nous apparaît démesuré et, finalement, peu efficace au plan écologique. Le solaire, la biomasse, la petite hydroélectricité, la géothermie, les hydroliennes, etc. sont des pistes à explorer et à exploiter... ainsi que les économies d'énergie.
Pour le Directorat Emeraude (Problèmes énergétiques) du Mouvement Normand
Pierre LEBIGRE
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RASSEMBLER ET RESISTER !
18:27 Lien permanent | Envoyer cette note
ET SI C'ETAIT VRAIMENT L'HEURE DES « PAYS »... !
Communiqué hebdomadaire du Mouvement Normand
N° 116 - semaine 45 - 2009
- De quoi parle-t-on ? Du « pays traditionnel » ou du « pays », tel que défini par la loi du 4 février 1995 ?
- Quel est le bilan des « pays » (type 1995)
- Et si les C.D.C., dans un mouvement d'émancipation de la tutelle de l'Etat, voulaient bien continuer l'expérience des « pays » ? Qui pourrait les en empêcher ?
- Sans doute y a-t-il lieu de redéfinir la notion de pays et de ne pas opposer en l'occurrence les espaces ruraux et les espaces urbains.
MOTS - CLEFS :
Un dossier récent de « Paris-Normandie », en date du 22 octobre 2009, décrète un peu hâtivement la disparition des « pays ». Le titre est alarmant : « 13 pays rayés de la carte en haute Normandie », une sorte de Tchernobyl institutionnel... De quoi s'agit-il ? Apparemment, cela part de la déclaration du Président de la République, à Saint-Dizier : « (...) Nous proposons de supprimer les Pays qui sont une feuille de plus dans le fameux millefeuille. Ces Pays ont entraîné, eux aussi, de nouvelles structures, avec de nouveaux moyens et de nouveaux fonctionnaires...(...). » N'en déplaise à Nicolas Sarkozy, dont nous avons dit tout le bien que nous pensions de son désir de réformes des collectivités territoriales (cf communiqué N° 115 - semaine 43 - 2009 « Qui trop embrasse mal étreint »), mais à propos duquel nous affirmions, premièrement, que tout était discutable, deuxièmement, que toutes les propositions faites n'étaient pas recevables, qu'enfin nous comptions sur le débat parlementaire pour gommer certaines...aspérités... N'en déplaise donc à Monsieur le Président de la République, nous estimons, au Mouvement Normand, que sa critique des « pays » est en grande partie infondée, que leur suppression serait une grave régression... et que l'heure est venue, en la matière, de secouer le joug de l'Etat central. Cela, bien évidemment, mérite explication, et nous souhaiterions qu'un vrai débat s'instaurât à ce sujet, notamment lors de la campagne des élections régionales.
Préalablement, il convient de revenir sur la notion de « pays ».
A l'origine... On trouve le « pagus » gaulois, c'est-à-dire le territoire où vivait un « peuple » gaulois : les Calètes dans le Pays de Caux, les Abrincates dans l'Avranchin, les Bajocasses dans le Bessin, etc. Sous la férule romaine, le centre urbain principal du pagus prit souvent le nom du peuple gaulois : Lisieux, la ville des Lexoviens, Evreux, celle des Eburovices, Sées, celles des Sagiens... De ce fait, ces « pays » historiques de l'époque gallo-romaine ne représentent pas un espace rural, s'opposant peu ou prou à la cité se trouvant en son centre : il s'agit d'un espace organique avec son centre urbain et le rural qui l'entoure et qui contribue à le faire vivre. Prenons l'exemple du Roumois ou Pays de Rouen de cette époque : Rouen en était le centre et le Roumois s'étendait autant sur la rive gauche que sur la rive droite (sur un espace occupé aujourd'hui en partie par l'Agglo et le Pays « Entre Seine et Bray »)...
L'idée du « Pays » à la fin du XXè siècle émane d'abord de réflexions de personnalités de régions bocagères, d'habitat diffus (Nous pensons notamment à Loeiz Laurent et à son ouvrage, écrit en collaboration avec Louis Ergan « Vivre au pays » (Le Cercle d'or- 1977) : évidemment Bro Dreger (le Trégor), Bro Léon (le Léon), Bro Kerné (la Cornouailles) sont des entités ancestrales reconnues, ayant une indiscutable cohérence. On peut en dire autant de nombre de « pays normands » traditionnels : Pays de Bray, Pays d'Auge, Pays de Caux, Vexin, Bessin, etc.)... Lorsque le Mouvement Normand proclame « l'unité de la Normandie dans la diversité des pays normands », c'est à cette notion de « pays » traditionnels qu'il se réfère. On retrouve un peu cela dans le concept touristique de « pays d'accueil »... Comme on le voit, le « pays » - que nous appellerons, faute de mieux, « traditionnel » - s'inscrit tout à fait dans l'imaginaire ou le ressenti des citoyens. Bien évidemment, dans la sortie du Président Sarkozy, il ne s'agit pas de cela.
Le « Pays », dont il s'agit, a été conçu lors de la Loi N° 95 - 115 du 4 février 1995 d'orientation pour l'aménagement et le développement du territoire. C'est un « territoire de projet caractérisé par une cohésion géographique, économique, culturelle ou sociale ; un lieu d'action collective qui fédère des communes, des groupements de communes, des organismes socio-professionnels, des entreprises, des associations... autour d'un projet commun de développement ; un niveau privilégié de partenariat et de contractualisation qui facilite la coordination des initiatives des collectivités, de l'Etat et de l'Europe en faveur du développement local » (Source : <<http://www.territoires.gouv.fr/indicateurs/portail_fr/ind...>>). Ainsi que l'écrit Michel Verpeaux, professeur à Panthéon-Sorbonne (Paris 1), membre du Comité pour la réforme des collectivités locales : « Le comité Balladur a proposé de proscrire la création de nouveaux « pays » au sens où le prévoyait la loi d'orientation du 4 février 1995, sans pour autant méconnaître le rôle positif qu'ils ont pu jouer dans le développement de l'intercommunalité. La plupart des « pays » ont constitué des structures de préfiguration des groupements de communes et ont, pour l'essentiel, rempli leur office. »
En aucune manière, donc, le « pays » n'est une collectivité territoriale : ce n'est donc pas une feuille du millefeuille.
La haute comme la basse Normandie ont donc constitué sur la quasi totalité de leurs territoires respectifs ces espaces de projet que sont les « pays ». Lesquels sont souvent une addition cohérente de plusieurs communautés de communes. Prenons l'exemple de l'actuel « pays du Roumois » : il regroupe les C.D.C. de Bourg-Achard-Routot, de Bourgthéroulde, d'Amfreville-la-Campagne. Ces trois C.D.C. ont des problèmes communs : la périurbanisation elbeuvo-rouennaise, les transports collectifs, la question de l'eau... pour n'en citer que quelques-uns . Il serait stupide de dissoudre un tel niveau de concertation puisque les problèmes à régler demeurent.
Alors pourquoi le Mouvement Normand prétend-t-il que l'heure des « pays » a vraiment sonné ? Parce qu'il n'est nul besoin d'une impulsion venue d'en haut, de l'Etat central, pour continuer ces fructueuses et fécondes coopérations. Si ces « pays » ont la cohérence qu'ils peuvent prétendre avoir, ils n'ont pas la nécessité de se plier aux oukazes de l'Etat, s'ils veulent se dissoudre ou poursuivre leur aventure. La volonté de « continuer » les « pays » sera donc la preuve de la volonté des collectivités territoriales de s'affranchir en l'occurrence de la tutelle de l'Etat : il s'agira donc d'une véritable volonté de décentralisation. Si cela peut se faire en accord avec les Régions, l'opération sera d'autant plus significative, et, contrairement à ce qu'a dit le Président Sarkozy, cela n'implique absolument pas « de nouvelles structures, de nouveaux fonctionnaires »...
Le Mouvement Normand souhaite faire tout de même deux remarques importantes.
Si le Comité Balladur et le Chef de l'Etat mettent en cause la notion de « pays » (type 1995), dans le même temps, ils souhaitent renforcer les notions d'agglos et de communautés urbaines... Question : n'y a-t-il pas, là, un risque de renforcer abusivement l'urbain par rapport au rural ? Autrement dit, au moment où l'on s'interroge sur les problèmes de désertification, notamment des services publics ou des services d'intérêt général dans les espaces ruraux, remettre en cause la notion de « pays » ne risque-t-il pas d'éparpiller la volonté de travail en commun des C.D.C. essentiellement rurales ?
Seconde observation : l'erreur ne viendrait-elle pas de ce que dans la version moderne du « pays », on ait un peu vite mises à part les villes ? Et c'est là, que l'on revient à la notion du « pays » de l'époque gallo-romaine : le pagus était constitué par la ville-centre et ses alentours ruraux.
En l'occurrence, la création du Grand Rouen - qui approche les 500 000 habitants -, avec ses villes (Rouen - Elbeuf - Sotteville - St Etienne - Quevilly, etc. ...) et ses espaces péri-urbains - encore d'apparence très rurale - ne serait-il pas la préfiguration de l'émergence des vrais « pays » de demain ?
Ce qui veut dire en clair qu'il y aurait peut-être lieu de restreindre le nombre de « pays », d'en accroître la superficie, et, surtout, de faire coïncider les bassins de vie avec le « pays », car c'est, là, qu'on pourrait discerner les vraies cohérences et les vrais espaces de projets.
Quid alors de l'avenir des départements ? A notre avis, il n'y a pas que le Président de la République à vouloir mettre en cause le « pays »...
La géographie de la France évolue depuis quarante ans. Difficilement. Avec des tâtonnements, des crispations, voire des refus d'évolution de la part de ceux qui ne veulent rien changer pour pouvoir garder leurs médiocres prébendes et avantages. Seule une réflexion sans tabou sur la meilleure architecture institutionnelle permettra de faire avancer l'ensemble. Le très corrosif rapport de Philippe Seguin, premier président de la Cour des Comptes, très critique sur les coûts de la décentralisation, est un élément à prendre... en compte.
On peut mieux faire, peut-être même bien faire, mais il faut faire...
Pour le Directorat Rouge (Institutions - décentralisation - régionalisation) du Mouvement Normand
Guillaume LENOIR
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